Le Benarès-Kyôto - Prix Renaudot 2007 du meilleur essai

Автор: Olivier Germain-Thomas
Издател: Editions du Rocher
ISBN : 978-2268062891
Наличност:
ДА
Цена: 31,00 лв.
15,85 €
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Aventure unique : une traversée de l'Asie par voie terrestre et maritime. De l'imprévu, des rencontres, des trains fantaisistes, des jeteurs de sorts... et de l'érudition, mais avec cette éjouissance chère à Montaigne, un des compagnons du voyageur qui pratique la philosophie par la marche et l'ironie d'un regard perçant.
Voici l'Inde avec cette union si troublante de l'éros et du divin. La Thaïlande et une femme prête à sauter d'une falaise au-dessus du Mékong. Le Tonkin avec un combattant de Diên Bien Phu qui aimait la France. Le dévoilement d'une Chine méconnue, le Tao et le Bouddha, une audience pleine d'humour avec l'empereur. Le Japon, une marche rituelle dans les montagnes habitées par les Esprits, les miroirs secrets dans les sanctuaires...
On en ressort avec l'intelligence nourrie par d'autres manières de concevoir la vie.

Ecrivain voyageur et romancier, Olivier Germain-Thomas a notamment publié En chemin vers le Bouddha (Albin Michel Poche), Le Voyage des Indes (Imprimerie nationale), avec des photographies de R. et S. Michaud, La Traversée de la Chine à la vitesse du printemps (Le Rocher), Mosaïque du feu (Le Rocher) et en 2005, Un matin à Byblos (Le Rocher).
Grand Prix de littérature décerné pour l'ensemble de son oeuvre par l'Académie française (Prix Henri Gal, Institut de France).

Descriptions du produit

Extrait

Assis devant le fleuve, je suis retenu par le prodige le plus simple qui soit : un lever de soleil tandis qu'une famille (père, mère, deux filles, deux garçons) s'immerge. Cercles sur l'eau. Dans la rue, au-dessus des escaliers qui descendent vers la Yamuna, on entend un chant. Des hommes se frayent un passage en courant. Ils portent une civière sur laquelle une vieille femme est étendue. Son visage est peinturluré de rouge, la couleur des flammes qui l'attendent sur le bûcher. La foule s'écarte avec naturel, se referme avec indifférence. Une petite fille achète des galettes. Les saris colorés reprennent leur marche avec ce pas d'un glissement léger, signe de l'Inde. Sortie de l'eau, la famille remercie le soleil. Je l'imite, même si mon éloge s est essoufflé depuis qu'un fatras de théories a dévalué la naïveté.
Il est lourd notre sac plein de doutes ! Ici, le soleil, l'eau, les robes, la nuit ou les chants ont une fluidité que nous regardons avec les yeux des enfants pauvres qui s'émerveillent devant une vitrine de jouets. L'enfant se cogne sur la vitre. Nous, il nous arrive de... ? Je me suis embarqué pour briser des parois. Epreuve du sang.

Quelques heures plus tard, je suis à nouveau assis devant la Yamuna, à Brindavan où naquit Krishna. J'étais venu voir le bois sacré qui fut le témoin des danses du dieu et des bergères, de l'étrange partition jouée avec Râdhâ, la rencontre de l'éros et du divin, un cadeau à ouvrir sans préjugés ni sourires graveleux.
Je n'ai rencontré que des arbres maigrichons, des lignes électriques rouillées, des détritus. Coquin de réel ! Je calme ma déception en regardant jouer les oiseaux au-dessus de l'eau. Pendant la marche, j'avais dépassé un sadhou portant au front les signes de Vishnou. Son regard réjoui prouvait qu'il ne voyait rien comme nous. On le sait ; on l'oublie. Nous nous étions fait un signe de complicité comme s'il y avait entre nous, étincelant, le mythe resté vivant. Il vient s'asseoir à côté de moi ; il reste silencieux. Le cas est si inédit dans ce pays à la parole ininterrompue que je l'interroge dans un basic english auquel il répond en un perfect english que sa robe et ses barbouillages ne laissaient pas prévoir. J'apprends qu'il est originaire du Madhya Pradesh et qu'il se rend à pied vers les sources du Gange (à vue de nez : mille kilomètres). Tandis qu'il parle, il tripote une blessure qui suinte sur son mollet. Je lui propose un désinfectant. Il le repousse avec dégoût, puis se tait. Il hoche la tête : «How about you ?» Je trace à grands traits la voie à ouvrir : Bénarès après Mathura et Agra, le Ganga-Kaveri Express, un train qui traverse le corps de l'Inde jusqu'à Chennai (Madras), puis la Thaïlande, le Laos, le Vietnam, la Ch... «N'allez pas à Bénarès ! tranche-t-il. Très dangereux pour vous». Agacé, je prends ce ton d'ironie distante cher à mes compatriotes :
- Bien sûr, un vishnouïte ne peut aimer une ville dédiée à Shiva.
- Absurde ! Vishnou est présent à Bénarès, comme en tout lieu. Je vous mets en garde parce que je vois en vous.
- Arrêtez donc de toucher votre blessure avec vos mains sales. Un «voyant» devrait connaître les microbes !
Il jette des cailloux dans l'eau et se gratte.
- Que fuyez-vous ?
- Ce culot ! Je ne fuis rien. Je voyage en Inde avec mon fils, ma fille aînée et un neveu. Ensuite, je traverserai seul le reste de l'Asie jusqu'au Japon. Je ferai découvrir Bénarès à ces jeunes, les bûchers, l'eau du Gange qui a pouvoir sur le samsara, Shiva dans le cercle de feu, lingam, yoni, les matins de gloire quand Sûrya apparaît assis sur son char de l'autre côté du fleuve. Fécondité ! J'affronterai Bénarès dans un face-à-face lumineux et je trou...
- So what ? fait-il calmement.
Il lance une pierre dans les eaux grises de la Yamuna. Au-dessus de nous les oiseaux reprennent leur magistère. L'homme dit : (...)
 

Biographie de l'auteur

Ecrivain voyageur et romancier, Olivier Germain-Thomas a notamment publié En chemin vers le Bouddha (Albin Michel Poche), Le Voyage des Indes (Imprimerie nationale), avec des photographies de R. et S. Michaud, La Traversée de la Chine à la vitesse du printemps (Le Rocher), Mosaïque du feu (Le Rocher) et en 2005, Un matin à Byblos (Le Rocher).
Grand Prix de littérature décerné pour l'ensemble de son œuvre par l'Académie française (Prix Henri Gal, Institut de France).
 

Страници: 270
Размери (cm.): 19.2 x 14.0 x 2.0
Дата на издаване: 2007-09-06
Бонус точки: 1

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