A l'est de l'Ouest

Автор: Miroslav Penkov, Julie Marcot
Издател: H D ORMESSON
ISBN : 978-2350871875
Наличност:
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Цена: 63,00 лв.
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À travers ces huit nouvelles, l'auteur nous invite à découvrir l'histoire tourmentée de la Bulgarie et plus largement celle des Balkans, de ses guerres et de ses exils. Un petit-fils essaie d'acheter le cadavre de Lénine sur eBay pour son grand-père communiste. Un enfant prodige vole une croix en or dans une église orthodoxe. Un garçon rencontre sa cousine (l'amour de sa vie) une fois tous les cinq ans à la rivière qui divise leur village entre Ouest et Est. Les personnages sont nostalgiques de ce qui fut, et rêvent de ce qui ne sera jamais. Mais même lorsqu'ils se débattent avec le poids de l'histoire, avec les dettes familiales, les douleurs de l'exil, ces nouvelles demeurent légères, empreintes d'absurde et de magie. Voici le regard inattendu et étrange que porte Miroslav Penkov sur son pays d'origine. Entre Kusturica et Kundera, un recueil tendu entre deux mondes, qui capture l'insoutenable légèreté d'être.

Descriptions du produit

Extrait

À ma naissance, il y avait juste vingt ans qu'on s'était débarrassés des Turcs. 1898. Donc oui, ça me fait soixante et onze ans. Et oui, je suis un vieux grincheux. Un sale bonhomme. J'ai cette odeur qu'ont tous les vieillards. Je suis un supplice ambulant, hanches, épaules, genoux et coudes. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit. J'appelle ma fille par le prénom de mon petit-fils, et je me souviens mieux du jour où j'ai rencontré ma femme que de la journée d'hier, ou même d'aujourd'hui : le 2 août, me semble-t-il. 1969. La nuit dernière, j'ai pissé au lit; qui sait quel petit plaisir me réserve la prochaine ? Je n'ai absolument rien qui sorte de l'ordinaire, rien d'original. Si ce n'est que je pourrais bien être jaloux d'un homme mort depuis soixante ans.
J'ai trouvé les lettres qu'il a écrites à ma femme, longtemps avant qu'elle ne me rencontre, quand elle n'avait que seize ans. Une découverte stupide, bonne pour un roman à l'eau de rose, pas pour la vraie vie, pas pour la vieillesse. J'ai renversé son coffret à bijoux. Le couvercle est tombé de côté, et, sous la boîte, le fond d'un compartiment secret s'est ouvert. À l'intérieur se trouvait un petit carnet, un journal tenu sous forme de lettres.
Je ne peux même pas m'imaginer écrivant des lettres qu'une femme voudrait conserver pendant soixante ans. J'aimerais que ce soit moi, et non cet homme, qui aie connu Nora à cet âge où elle était plus proche du début que de la fin. Car c'est la pure vérité : nous touchons à notre fin. Et moi je ne veux pas finir. Je veux vivre éternellement. Réincarné dans le corps d'un jeune homme, avec l'esprit d'un jeune homme. Pas dans mon corps à moi, ni avec mon esprit. Je veux revivre dans la peau de quelqu'un qui n'aurait aucun souvenir de moi. Je veux être cet autre homme.

*

Ça fait maintenant huit ans que nous vivons dans une maison de retraite à quelques kilomètres de Sofia, au pied des monts Vitosa. Le panorama est joli, l'air est pur. Ce n'est pas que je n'aime pas l'endroit. C'est plutôt que je le déteste, profondément. Le panorama, l'air, la nourriture, l'eau, cette façon qu'ils ont de nous traiter comme si nous étions tous mourants. Le fait que nous soyons tous mourants. Si j'étais honnête envers moi-même, ce que je suis rarement, je devrais m'estimer heureux d'être là, avec Nora. C'était devenu difficile de m'occuper d'elle tout seul, depuis son attaque. Alors, nous avons laissé l'appartement à notre fille, jeune mariée déjà enceinte, et nous avons plié bagages pour aller nous installer en prison.
Depuis, les jours se suivent et se ressemblent. Six heures trente, nous nous réveillons pour avaler nos médicaments. Nous prenons le petit déjeuner au réfectoire - fines tranches de pain beurrées avec trois olives noires, une lamelle de fromage fondu, une infusion de tilleul. Bon Dieu, même pendant les guerres balkaniques, je me rappelle avoir mieux mangé. Je suis attablé au milieu d'un océan de mentons vacillants et de doigts qui tremblotent et j'écoute le cliquetis des noyaux d'olives sur les assiettes en métal. Je ne parle à personne, et personne ne me parle. J'ai au moins obtenu ce privilège. Après le petit déjeuner, je pousse Nora dans son fauteuil jusqu'à la salle de gymnastique. Je la regarde essayer péniblement de fermer son poing, de tenir une balle en caoutchouc. Je regarde les infirmières masser son bras et sa jambe atrophiés. Je regarde leurs bras et leurs jambes à elles, si souples.
 

Biographie de l'auteur

Miroslav Penkov est né en Bulgarie en 1982. Il est arrivé aux États-Unis en 2001 où il a poursuivi des études de psychologie et de création littéraire à l'Université d'Arkansas. Sa nouvelle " Buying Lenin " lui a permis d'acquérir une certaine notoriété puisqu'elle a remporté le prix Eudora Welty et a été publiée dans le recueil des meilleures nouvelles américaines édité par Salman Rushdie en 2008. Il enseigne actuellement la création littéraire à l'université du nord Texas, où il édite également de la fiction pour l'American Literary Review.
 

Страници: 314
Размери (cm.): 20.2 x 14.0 x 2.4
Дата на издаване: 2013-05-01
Бонус точки: 1

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